
Surveillance infirmière des médicaments courants
La prise en charge des patients sous traitement médicamenteux nécessite une vigilance constante de la part du personnel infirmier. Chaque médicament possède des effets indésirables…

Un patient sous spironolactone développe une hyperkaliémie. Quel examen biologique doit être suivi régulièrement ?
Quel effet indésirable majeur doit être surveillé lors d'un traitement par amiodarone ?
Lors de l'administration de métoclopramide, quel signe clinique indique un risque d'effets extrapyramidaux ?
Quel paramètre doit être surveillé chez un patient sous rivaroxaban pour détecter un risque hémorragique ?
Quel est le principal risque respiratoire à surveiller lors d'une perfusion de midazolam ?
Quel examen biologique doit être contrôlé lors d'un traitement par furosémide pour éviter une hypokaliémie ?
Quel paramètre de surveillance est essentiel lors d'une perfusion de zolédronique (Zometa) pour prévenir l'ostéonécrose mandibulaire ?
Quel facteur de risque augmente la probabilité d'allongement du QT lors de l'administration de spiramycine ?
Quel paramètre doit être surveillé chez un patient sous valaciclovir pour éviter une néphrotoxicité ?
Introduction à la surveillance infirmière des médicaments courants
La prise en charge des patients sous traitement médicamenteux nécessite une vigilance constante de la part du personnel infirmier. Chaque médicament possède des effets indésirables spécifiques qui peuvent mettre en danger la santé du patient si elles ne sont pas détectées rapidement. Cette formation reprend les principaux paramètres de surveillance à contrôler pour les médicaments les plus fréquemment prescrits en soins infirmiers et en médecine générale.
Gentamicine : néphro‑ototoxicité
Pourquoi surveiller la créatinine/DFG et l’audition ?
La gentamicine est un antibiotique aminoglycoside très efficace contre les infections graves, mais elle possède un double risque :
- Nephro‑toxicité : atteinte rénale pouvant entraîner une élévation de la créatinine sérique et une diminution du débit de filtration glomérulaire (DFG).
- Oto‑toxicité : atteinte de l’oreille interne pouvant se traduire par une perte auditive ou des acouphènes.
Le suivi de la créatinine/DFG permet de détecter précocement une détérioration de la fonction rénale, tandis que l’évaluation de l’audition (audiométrie ou simple interrogation du patient) permet d’intervenir avant que le dommage auditif ne devienne irréversible.
À retenir : nephro‑ototoxicité = créatinine + audition
Spironolactone : hyperkaliémie
Le dosage sérique du potassium (K⁺) comme indicateur clé
La spironolactone est un antagoniste des récepteurs d’aldostérone utilisé notamment dans l’insuffisance cardiaque et l’hypertension. En bloquant l’action de l’aldostérone, elle favorise la rétention de potassium. Une accumulation excessive de K⁺ peut entraîner des arythmies potentiellement mortelles.
Le dosage sérique du potassium doit donc être réalisé régulièrement (au moins 2 à 3 fois par semaine au début du traitement, puis selon l’évolution clinique).
À retenir : K⁺ ↑ → contrôler le potassium sanguin
Amiodarone : surveillance cardiaque et thyroïdienne
Effets indésirables majeurs
L’amiodarone est un anti‑arythmique de classe III très efficace, mais son profil d’effets indésirables est large :
- Cardiovasculaire : bradycardie, bloc AV, tachycardie ventriculaire.
- Thyroïdien : hypothyroïdie ou hyperthyroïdie, souvent liées à la forte teneur en iode du médicament.
Il est indispensable de réaliser un ECG périodique et de mesurer les hormones thyroïdiennes (TSH, T4 libre) afin de détecter rapidement toute anomalie.
À retenir : rythme + thyroïde, pas digestion.
Métoclopramide : vigilance sur les effets extrapyramidaux
Mouvements anormaux ou dystonies ?
Le métoclopramide, utilisé comme antiémétique et prokinétique, bloque les récepteurs dopaminergiques D2. Cette action peut entraîner des effets extrapyramidaux, notamment des dystonies, des akathisés ou des tremblements.
Le signe clinique le plus évocateur est la survenue de mouvements anormaux ou dystonies. En présence de ces signes, il faut immédiatement interrompre le traitement et informer le médecin.
À retenir : Dystonie = alerte extrapyramidal métoclopramide
Rivaroxaban : prévention du risque hémorragique
Surveillance de l’hémoglobine et de la NFS
Le rivaroxaban est un anticoagulant oral de type inhibiteur du facteur Xa. Son principal danger est le risque de saignement majeur.
Le suivi de l'hémoglobine et de la numération formule sanguine (NFS) permet de détecter une chute de l’hématocrite ou une anémie, signes précoces d’une hémorragie interne ou externe.
À retenir : hémoglobine = alerte hémorragie
Midazolam : dépression respiratoire
SpO₂ comme paramètre de surveillance principal
Le midazolam est un benzodiazépine à action sédative rapide, souvent utilisé en anesthésie ou en sédation de procédures. Son effet secondaire le plus redouté est la dépression respiratoire, qui se manifeste par une baisse de la saturation en oxygène (SpO₂).
Il est donc essentiel de surveiller en continu la SpO₂ (oxymétrie de pouls) et d’ajuster la dose ou d’interrompre l’infusion en cas de chute en dessous du seuil de sécurité (généralement SpO₂ < 92 %).
À retenir : Surveillez SpO₂, pas hyperventilation.
Furosémide : prévention de l’hypokaliémie
Contrôle du potassium sérique
Le furosémide est un diurétique de l’anse très efficace pour éliminer les excès de liquide, mais il entraîne une perte importante de potassium dans les urines.
Le dosage sérique du potassium (K⁺) doit être réalisé quotidiennement, surtout au démarrage du traitement ou lors d’une augmentation de la dose. Une hypokaliémie sévère peut provoquer des arythmies, une faiblesse musculaire voire une paralysie.
K⁺ bas → vérifier le potassium.
Zolédronique (Zometa) : prévention de l’ostéonécrose mandibulaire
Examen dentaire et buccal avant chaque perfusion
Le zolédronique est un bisphosphonate administré par perfusion intraveineuse pour traiter les métastases osseuses et l’hypercalcémie. Un des effets indésirables graves est l’ostéonécrose mandibulaire (ONM), surtout après des extractions dentaires ou des infections buccales.
Avant chaque perfusion, il faut donc réaliser un examen dentaire complet et un examen buccal afin d’identifier toute lésion, infection ou extraction récente. En cas de problème, le traitement doit être reporté ou un protocole de prévention (antibioprophylaxie, hygiène bucco‑dentaire renforcée) doit être mis en place.
À retenir : dents saines, risque zéro.
Résumé des paramètres de surveillance clés
- Gentamicine : créatinine/DFG + audition.
- Spironolactone : dosage sérique du potassium.
- Amiodarone : ECG + fonction thyroïdienne.
- Métoclopramide : mouvements anormaux ou dystonies.
- Rivaroxaban : hémoglobine + NFS.
- Midazolam : SpO₂.
- Furosémide : potassium sérique.
- Zolédronique : état dentaire et examen buccal.
En intégrant ces points de contrôle dans votre pratique quotidienne, vous contribuerez à réduire les complications liées aux médicaments et à améliorer la sécurité des patients.
