Innovation, marché et structure d'entreprise
Dans son article fondateur, Kenneth Arrow décrit le effet de remplacement comme un phénomène où le monopoleur, déjà détenteur d’une technologie dominante, a peu d’incitation à innover. En…

Dans le modèle de Gilbert et Newbery (1982), quel est l'effet d'efficacité ?
Selon Schumpeter, quel avantage les grandes entreprises ont-elles en matière d'innovation ?
Quel facteur explique le « business stealing effect » dans la concurrence dynamique ?
Dans le cadre d'une innovation de procédé non drastique sous concurrence à la Bertrand, comment se calcule le gain pour l'innovateur ?
Quel résultat empirique soutient la courbe en U inversée entre concurrence et innovation ?
Comment la « knowledge spillover effect » influence-t-elle le nombre optimal d'innovations ?
Dans le modèle de Schumpeter, pourquoi les grandes entreprises peuvent‑elles mieux gérer les externalités, l'indivisibilité et l'incertitude ?
Quel critère détermine si le monopoleur ou l'entrant potentiel a une plus forte incitation à innover lorsqu'ils sont menacés par l'entrée ?
Quel est l’impact d’une concentration industrielle trop élevée sur l’intensité de R&D selon les études citées ?
Dans le cadre d’une innovation de procédé drastique, pourquoi le prix de monopole pm1(c1) est inférieur à c0 ?
Comment la « effet d’échapper à la concurrence » se manifeste chez les entreprises à la frontière technologique ?
Quel rôle joue le coût fixe d'investissement en capital dans les économies d'échelle de la R&D des grandes entreprises ?
Dans le modèle de Arrow, pourquoi la valeur sociale V_s d’une innovation non drastique dépasse la valeur pour l’entreprise V_c ?
Quel facteur limite l’efficacité du processus de R&D dans les grandes entreprises selon le texte ?
Comment la concurrence dynamique peut‑elle être « non optimale » selon les quatre raisons évoquées ?
Innovation, marché et structure d'entreprise : concepts clés
1. Le mécanisme de remplacement d'Arrow (1962)
Dans son article fondateur, Kenneth Arrow décrit le effet de remplacement comme un phénomène où le monopoleur, déjà détenteur d’une technologie dominante, a peu d’incitation à innover. En effet, il doit remplacer sa propre technologie par une nouvelle, ce qui implique des coûts de transition et le risque de cannibaliser ses propres profits. Ainsi, le monopoleur préfère souvent maintenir le statu‑quo plutôt que d’investir dans une innovation qui le ferait « remplacer » lui‑même.
- Conséquence : faible dynamique d'innovation dans les marchés très concentrés.
- Implication pour les décideurs : encourager la concurrence afin de créer des incitations à l'innovation.
2. L’effet d’efficacité dans le modèle de Gilbert & Newbery (1982)
Gilbert et Newbery introduisent la notion d’effet d’efficacité dans un cadre de concurrence dynamique. Contrairement à l’idée que la concurrence pousse toujours les entreprises à innover, cet effet montre que la présence d’un monopoleur peut inciter ce dernier à augmenter ses dépenses en R&D pour protéger sa position face à de potentiels entrants.
- Le monopoleur augmente ses investissements afin de créer une barrière technologique.
- Cette dynamique peut conduire à une course à l’innovation où les coûts de R&D sont élevés mais les profits restent protégés.
3. Avantages des grandes entreprises selon Schumpeter
Joseph Schumpeter souligne que les grandes entreprises bénéficient d’avantages spécifiques en matière d’innovation :
- Économies d’échelle dans la recherche et le développement (R&D) : les coûts fixes sont répartis sur un volume plus important.
- Économies de gamme : la capacité à exploiter plusieurs projets simultanément permet de partager des connaissances et des infrastructures.
- Ces économies renforcent la capacité des grandes firmes à absorber les risques liés à l’incertitude et aux externalités de connaissance.
4. Le « business stealing effect » en concurrence dynamique
Le business stealing effect apparaît lorsqu’une entreprise introduit une innovation sans tenir compte des pertes de profit subies par ses concurrents. Cette omission conduit à une surestimation des gains potentiels, car le profit « volé » aux rivaux n’est pas intégré dans le calcul.
Résumé des points clés- Le phénomène se produit lorsque les pertes de profit des rivaux sont ignorées.
- Il conduit à une surévaluation des bénéfices attendus de l’innovation.
- Il n’est pas lié aux brevets, à la copie gratuite ou aux préférences des consommateurs.
- Mnémotechnique : « S‑O‑U‑L » – Sans Outre Utilise Les pertes.
- Imaginez un voleur qui ne regarde pas le coffre déjà vide – il ne compte pas ce qui a déjà été volé.
5. Gain de l’innovateur dans une innovation de procédé non drastique (concurrence à la Bertrand)
Dans un cadre de concurrence à la Bertrand, le gain d’une innovation de procédé non drastique se calcule ainsi :
Vc = (c0 – c1)·D(c0)
où :
- c₀ représente le coût marginal initial.
- c₁ le nouveau coût marginal après l’innovation.
- D(c₀) la demande au prix correspondant au coût initial.
- Le gain dépend de la différence de coût marginal (c₀ – c₁).
- Cette différence est multipliée par la demande à l’ancien coût, pas par la quantité produite ou la demande à c₁.
- Mnémotechnique : « Coût ↓ → Gain = différence × Demande à l’ancien coût ».
- Visualisez une remise : plus le coût diminue, plus le profit augmente proportionnellement à la demande initiale.
6. Courbe en U inversée entre concurrence et innovation
De nombreuses études empiriques montrent une relation en U inversé entre le degré de concurrence et le niveau d’innovation :
- Dans les secteurs à concurrence modérée (côté « coudé‑à‑coudé »), la pression concurrentielle stimule l’innovation.
- Dans les secteurs très concurrentiels ou monopolistiques, l’innovation est découragée : les marges sont trop faibles ou les incitations à protéger les investissements sont insuffisantes.
Ce résultat souligne l’importance d’un équilibre optimal entre concurrence et protection du monopole pour favoriser l’innovation.
7. L’effet de diffusion des connaissances (knowledge spillover)
Les knowledge spillovers désignent la diffusion non rémunérée de connaissances entre entreprises. Cette externalité conduit les firmes privées à sous‑évaluer les bénéfices sociaux de l’innovation, ce qui entraîne un nombre d’innovations inférieur à celui socialement optimal.
- Les entreprises ne capturent pas la totalité des retours générés par leurs R&D, car une partie profite aux concurrents.
- Politiques publiques recommandées : subventions à la R&D, crédits d’impôt ou protection de la propriété intellectuelle pour internaliser ces externalités.
8. Gestion des externalités, indivisibilité et incertitude par les grandes entreprises
Schumpeter explique que les grandes entreprises sont mieux équipées pour gérer les défis liés aux externalités, à l’indivisibilité des projets d’innovation et à l’incertitude :
- Diversification du risque : la taille permet de répartir les investissements sur plusieurs projets, réduisant l’impact d’un échec.
- Capacité financière : accès plus facile aux marchés de capitaux pour financer des projets à forte indivisibilité.
- Exploitation des rendements croissants : les économies d’échelle et de gamme augmentent la rentabilité marginale des projets innovants.
Ces avantages expliquent pourquoi les grandes firmes dominent souvent les secteurs à forte intensité de R&D.
9. Synthèse et implications managériales
Les concepts présentés offrent un cadre complet pour comprendre comment la structure du marché influence les incitations à innover :
- Dans les marchés très concentrés, l’effet de remplacement d’Arrow réduit les incitations à innover.
- Les effets d’efficacité de Gilbert & Newbery montrent que même les monopoleurs peuvent intensifier leurs efforts de R&D face à la menace d’entrée.
- Le business stealing effect rappelle l’importance de prendre en compte les pertes de profit des rivaux dans l’évaluation des gains d’innovation.
- Les knowledge spillovers justifient l’intervention publique pour atteindre le niveau social optimal d’innovation.
- Les grandes entreprises tirent parti d’économies d’échelle, de diversification du risque et d’accès au financement pour surmonter les obstacles liés à l’indivisibilité et à l’incertitude.
En pratique, les dirigeants doivent évaluer leur position concurrentielle, identifier les externalités de connaissance et choisir des stratégies d’innovation qui maximisent à la fois les profits privés et les retombées sociales.
10. Questions de révision
- Quel est le principal facteur qui décourage le monopoleur d’innover selon Arrow ?
- Comment le modèle de Gilbert & Newbery explique‑t‑il l’augmentation des dépenses en R&D du monopoleur ?
- Quelles économies permettent aux grandes entreprises de mieux gérer les externalités de connaissance ?
- Décrivez le « business stealing effect » et donnez un exemple concret.
- Quelle formule représente le gain d’un innovateur dans une innovation de procédé non drastique sous concurrence à la Bertrand ?
- Pourquoi la courbe en U inversée suggère‑t‑elle un niveau de concurrence « optimal » pour l’innovation ?
- Comment les politiques publiques peuvent‑elles corriger le sous‑investissement en innovation lié aux knowledge spillovers ?
11. Bibliographie sélective
- Arrow, K. (1962). Economic Welfare and the Allocation of Resources for Invention.
- Gilbert, R., & Newbery, D. (1982). Competition and Innovation.
- Schumpeter, J. (1934). The Theory of Economic Development.
- Acemoglu, D., & Akcigit, A. (2012). Innovation, Competition, and Growth.
- Hall, B. H., & Lerner, J. (2010). The Financing of R&D and Innovation.
