Introduction à l'énonciation et aux fonctions du langage
L’étude de l’énonciation permet de saisir comment le langage passe du statut abstrait de langue à celui de parole concrète. Dans ce cours, nous explorerons les concepts clés abordés dans le quiz : la mise en fonctionnement de la langue selon Benveniste, les six fonctions du langage de Roman Jakobson, le rôle des déictiques, la différence entre discours indirect libre (DIL) et discours indirect ordinaire (DI), ainsi que la distinction entre aspect perfectif et imperfectif. Chaque section s’appuie sur une question du questionnaire pour offrir une explication détaillée et des exemples pédagogiques.
La mise en fonctionnement de la langue selon Benveniste
Définition et portée
Pour Émile Benveniste, la langue n’est pas simplement un système de signes figés ; elle prend vie lorsqu’un locuteur l’utilise pour exprimer sa pensée. Cette mise en fonctionnement implique trois dimensions essentielles :
- Acte de parole : le locuteur mobilise les unités linguistiques (mots, morphèmes) pour produire un énoncé.
- Situation d’énonciation : le contexte spatio‑temporel et les relations interpersonnelles qui encadrent l’acte.
- Intention communicative : le sens que le locuteur veut transmettre, qui peut différer du sens littéral des mots.
Contrairement à l’option « Le discours devient un texte écrit officiel », la mise en fonctionnement ne dépend pas du support (oral ou écrit) mais du fait que le locuteur utilise la langue comme instrument pour structurer sa pensée. Cette perspective ouvre la voie à l’analyse de la pragmatique et de la sémantique dynamique.
Les fonctions du langage de Roman Jakobson
Fonction expressive (ou émotive)
Parmi les six fonctions identifiées par Jakobson, la fonction expressive (parfois appelée fonction émotive) reflète l’attitude du locuteur vis‑à‑vis de ce qu’il dit. Elle se manifeste par des marques de subjectivité : interjections, pronoms personnels, temps verbaux qui soulignent le point de vue ou l’émotion du locuteur.
Exemple : « Je suis vraiment ravi de vous rencontrer ! » La phrase met en avant le sentiment du locuteur. Cette fonction contraste avec la fonction conative (destinée à l’auditeur), la fonction poétique (centrée sur le message) ou la fonction métalinguistique (portant sur le code).
Les déictiques et le contexte d’énonciation
Comprendre le déictique « ici »
Les déictiques sont des mots dont le sens dépend du contexte d’énonciation. Le terme « ici » renvoie à la localisation du locuteur au moment de l’énonciation. Sans connaître la position spatiale du locuteur, l’interprétation reste impossible.
Illustration : Si un professeur dit « Le livre est ici », l’auditeur doit savoir où se trouve le professeur pour identifier l’emplacement du livre. Le temps verbal, le référent externe ou le pronom sujet ne suffisent pas à lever l’ambiguïté.
Discours indirect libre vs discours indirect ordinaire
Critères de distinction
Le discours indirect libre (DIL) se situe entre le discours direct et le discours indirect ordinaire (DI). Le critère principal qui le différencie du DI est la présence de déictiques et de verbes à l’imparfait sans verbe introducteur explicite. Ainsi, le narrateur reprend les paroles du personnage en conservant son point de vue, mais sans recourir à une formule du type « il dit que… ».
Exemple de DIL : « Il entra dans la salle, je ne comprends pas pourquoi il est si tard. » Le verbe « comprendre » est à l’imparfait, et il n’y a pas de verbe introducteur. En revanche, le DI aurait la forme : « Il a déclaré qu’il ne comprenait pas pourquoi il était si tard. »
Aspect perfectif vs imperfectif
Le critère du terme d’action
Dans la typologie aspectuelle, un verbe est considéré perfectif lorsqu’il désigne un procès qui atteint son terme et ne peut plus être prolongé. L’action est vue comme un tout accompli, souvent associée à des temps ponctuels (passé simple, futur simple).
Par opposition, l’aspect imperfectif décrit une action en cours, habituelle ou répétée, sans indication de fin (imparfait, présent progressif). Ainsi, « Il a fini le travail » (perfectif) vs « Il finissait le travail quand le téléphone a sonné » (imperfectif).
Conclusion et mise en pratique
Ce cours a synthétisé les notions essentielles du quiz : la dynamique de la langue chez Benveniste, la fonction expressive de Jakobson, le rôle crucial du contexte pour les déictiques, les spécificités du discours indirect libre, et le critère de terminaison qui caractérise l’aspect perfectif. Pour consolider vos connaissances, il est recommandé de :
- Analyser des extraits littéraires en identifiant la fonction dominante du langage.
- Repérer les déictiques (« ici, maintenant, moi, ce ») et reconstituer le contexte d’énonciation.
- Comparer des phrases en discours indirect ordinaire et en discours indirect libre afin de repérer les marques d’imparfait et l’absence de verbe introducteur.
- Classer des verbes selon leur aspect perfectif ou imperfectif en vérifiant la présence d’un terme d’action.
En maîtrisant ces outils, vous serez capable d’effectuer des analyses précises de tout texte narratif ou argumentatif, enrichissant ainsi votre compréhension de la communication humaine.