Introduction aux convulsions et épilepsies de l'enfant
Les convulsions et les épilepsies représentent un groupe de troubles neurologiques fréquents chez le nourrisson, le petit enfant et l'adolescent. Elles sont souvent source d'inquiétude pour les parents et les professionnels de santé, car elles peuvent révéler des pathologies sous‑jacentes graves ou, au contraire, être bénignes et transitoires. Ce cours propose une synthèse pédagogique des concepts clés testés dans le questionnaire, afin d’aider les étudiants en médecine générale et les praticiens à reconnaître, diagnostiquer et prendre en charge ces urgences neurologiques.
Définir l'épilepsie versus une crise isolée
Le premier point à maîtriser est la différence entre une épilepsie et une simple crise épileptique. Selon les critères de l'International League Against Epilepsy (ILAE), l'épilepsie se caractérise par :
- La survenue d'au moins deux crises non provoquées séparées dans le temps,
- ou la présence d'un facteur de risque élevé de récidive (lésion cérébrale structurale, anomalie électroencéphalographique, etc.),
- ou une crise prolongée (>5 minutes) nécessitant une prise en charge d’urgence.
En pratique, la présence d'au moins deux crises non provoquées constitue le critère le plus simple et le plus utilisé en médecine générale.
Les crises néonatales : forme la plus caractéristique et difficile à reconnaître
Chez le nouveau‑né, les manifestations convulsives sont souvent subtiles. La forme la plus caractéristique, mais aussi la plus difficile à identifier, est la convulsion néonatale avec mouvements de pédalage. Ces mouvements ressemblent à un pédalage des jambes, parfois associés à une activité musculaire du tronc, sans perte de conscience évidente.
Les autres présentations néonatales (crise tonique pure, absence typique, crise myoclonique) sont moins fréquentes. Un examen clinique minutieux, complété par un EEG de sommeil, est indispensable pour confirmer le diagnostic.
Physiopathologie des crises épileptiques
Les crises d'épilepsie résultent d'un déséquilibre entre l'excitation neuronale et l'inhibition. Le texte du questionnaire met en avant le rôle des canaux voltage‑dépendants qui, lorsqu'ils sont altérés, augmentent la libération de glutamate, principal neurotransmetteur excitateur du système nerveux central.
Les mécanismes les plus fréquemment impliqués sont :
- Mutations génétiques affectant les canaux sodiques (SCN1A, SCN2A) ou calciques (CACNA1H),
- Modification de la fonction des récepteurs NMDA ou AMPA, augmentant la transmission glutamatergique,
- Déficits de l'inhibition GABAergique, souvent secondaires à une altération des récepteurs GABAA ou à une diminution de la synthèse du GABA.
Ces altérations peuvent être congénitales, acquises (traumatisme crânien, infection, hypoxie) ou liées à des facteurs métaboliques.
Phases d'une crise tonico‑clonique généralisée chez l'enfant
La crise tonico‑clonique, la plus fréquente chez les enfants, se compose de trois phases distinctes :
- Phase tonique : contraction musculaire généralisée, perte de conscience, souvent accompagnée d'une respiration bruyante.
- Phase clonique : mouvements rythmiques de flexion‑extension des membres.
- Phase post‑critique (ou période de récupération) : torpeur avec possible hypotonie ou même coma bref. Cette phase dure de quelques minutes à plusieurs heures et nécessite une surveillance attentive.
Il est crucial de différencier la torpeur post‑critique d'une nouvelle crise, notamment d'absence secondaire, qui ne survient pas immédiatement après la récupération.
Syndromes épileptiques spécifiques de l'enfant
Syndrome de West
Le syndrome de West se manifeste entre 3 et 12 mois par des spasmes en flexion du tronc et des membres, souvent associés à un retard psychomoteur et à un tracé EEG caractéristique : hypsarythmie. Ce syndrome est une urgence thérapeutique, car un traitement précoce (ACTH, vigabatrine) améliore le pronostic neurologique.
Syndrome de Lennox‑Gastaut
Le syndrome de Lennox‑Gastaut apparaît généralement après l’âge de 3 ans et se caractérise par trois éléments majeurs :
- Des crises atoniques entraînant une chute brutale, très invalidantes,
- Des crises tonico‑cloniques pendant le sommeil,
- Un EEG montrant un ralentissement diffus avec des pointes et ondes lentes (slow spike‑and‑wave).
Le traitement repose sur une association de médicaments antiépileptiques (valproate, topiramate, rufinamide) et, dans les cas réfractaires, sur la stimulation du nerf vague ou la chirurgie.
Convulsions fébriles : facteurs de récidive
Les convulsions fébriles sont fréquentes entre 6 mois et 5 ans. Le facteur de risque majeur de récidive après une première crise est la survenue d’une convulsion fébrile complexe, définie par :
- Durée > 15 minutes,
- Focalisation ou asymétrie des mouvements,
- Présence d’une atteinte neurologique sous‑jacente.
Les autres facteurs (fièvre >38 °C, antécédents familiaux) sont moins prédictifs. Une prise en charge éducative des parents et la surveillance de la température sont essentielles.
Traitement d’urgence d’une crise convulsive chez le nourrisson et le grand enfant
En situation d’urgence, le diazépam par voie rectale (0,5 mg/kg) est le traitement de première intention recommandé. Il possède plusieurs avantages :
- Administration rapide et non invasive, adaptée aux milieux hors hôpital,
- Absorption fiable même en présence de vomissements,
- Effet sédatif puissant permettant d’interrompre la crise en 2‑5 minutes.
Si la crise persiste après 5 minutes, on peut envisager un phénobarbital intraveineux (20 mg/kg en bolus) ou un midazolam intranasal. Le valproate de sodium oral n’est pas indiqué en première ligne en raison de son délai d’action plus long.
Approche diagnostique et suivi
Après la prise en charge aiguë, il est indispensable de réaliser :
- Un EEG de sommeil ou d’éveil pour identifier les anomalies épileptiformes,
- Une imagerie cérébrale (IRM) afin de rechercher une lésion structurale, surtout en cas de crises focales ou de récidive,
- Un bilan métabolique complet (glycémie, calcium, magnésium, lactate) pour exclure des causes réversibles.
Le suivi longitudinal doit inclure l’évaluation du développement neurocognitif, la réévaluation du traitement antiépileptique et l’éducation des familles sur les mesures de prévention (vaccination, contrôle de la fièvre, respect du traitement).
Conclusion
Les convulsions et épilepsies de l'enfant sont des urgences neurologiques qui requièrent une reconnaissance rapide, une prise en charge adaptée et un suivi multidisciplinaire. Maîtriser les critères diagnostiques (au moins deux crises non provoquées), identifier les formes spécifiques (crise néonatale à pédalage, syndrome de West, syndrome de Lennox‑Gastaut) et connaître le traitement d’urgence (diazépam rectal) sont des compétences essentielles pour tout professionnel de santé en médecine générale.
En intégrant ces connaissances dans la pratique quotidienne, les praticiens peuvent réduire le risque de complications, améliorer le pronostic neurologique et offrir un soutien efficace aux familles confrontées à ces situations souvent stressantes.