
Acquisition et perte de la personnalité juridique
La personnalité juridique (PJ) désigne la capacité d’une entité à être titulaire de droits et d’obligations. En droit civil, elle s’acquiert à la naissance vivante et se perd au décès. Ce…

Dans quel cas l'adage « infans conceptus » permet-il de reconnaître la PJ avant la naissance ?
Quel est le statut juridique de l'embryon in vitro selon le Code civil français ?
Quel article du Code civil précise que la perte de la personnalité juridique intervient par le décès ?
Quelle condition doit être remplie pour que la présomption d'absence s'applique ?
Quel texte législatif a introduit la protection du corps humain après la mort en France ?
Quel est le résultat juridique lorsqu'un enfant né sans vie reçoit un certificat médical attestant qu'il était vivant et viable ?
Quel critère de viabilité était historiquement utilisé avant la décision de la Cour de cassation du 6 février 2008 ?
Quel article du Code civil prévoit que l'enfant simplement conçu peut bénéficier d'une donation ?
Quel est le principe juridique qui rend l'enfant à naître non sujet de droit en matière pénale ?
Acquisition et perte de la personnalité juridique en droit civil français
La personnalité juridique (PJ) désigne la capacité d’une entité à être titulaire de droits et d’obligations. En droit civil, elle s’acquiert à la naissance vivante et se perd au décès. Ce cours détaille les critères d’acquisition, les exceptions historiques, la perte de la PJ et les notions connexes comme la présomption d’absence ou la protection du corps après la mort.
1. Acquisition de la personnalité juridique
Le principe général est simple : tout enfant né vivant acquiert immédiatement la personnalité juridique. Aucun acte administratif supplémentaire n’est requis. Cette règle repose sur la jurisprudence et le texte du Code civil qui reconnaît la naissance vivante comme le point de départ de la capacité juridique.
- Critère essentiel : l’enfant doit être né vivant et viable. La viabilité signifie que l’enfant respire, possède un pouls et montre des signes de vie au moment de la naissance.
- Formalités : aucune inscription au registre paroissial, aucune déclaration dans un délai précis n’est conditionnelle à l’acquisition de la PJ. La déclaration d’état civil n’est qu’une formalité de constatation.
À retenir : naissance vivante = personnalité juridique.
2. L’adage « infans conceptus » et la reconnaissance de la PJ avant la naissance
L’adage latin infans conceptus signifie « enfant conçu ». Il intervient dans des situations où la conception précède le décès du père. La jurisprudence a reconnu que, lorsque le père décède au même instant que la conception, l’enfant bénéficie déjà de la personnalité juridique, même si la naissance n’a pas encore eu lieu.
- Application typique : conception au moment du décès du géniteur. La PJ est alors reconnue dès la conception, ce qui permet notamment d’établir des droits successoraux pour l’enfant à naître.
- Limites : l’adage ne s’applique pas aux naissances mortes ou aux enfants non déclarés après la naissance.
À retenir : la conception peut, dans des cas exceptionnels, être le moment clé de la reconnaissance de la PJ.
3. Statut juridique de l’embryon in vitro
En droit français, l’embryon obtenu par fécondation in vitro n’est pas considéré comme sujet de droit. Il est classé comme une chose, c’est‑à‑dire un objet matériel dépourvu de personnalité juridique. Cette qualification a des conséquences importantes :
- Il ne peut pas être titulaire de droits ni d’obligations.
- Il ne bénéficie d’aucune protection juridique propre, même s’il est destiné à être implanté ultérieurement.
- Il ne peut être vendu comme bien patrimonial, la législation encadrant strictement la manipulation et le stockage des embryons.
À retenir : chose ≠ personne, même avant la naissance.
4. Perte de la personnalité juridique : le décès
L’article 720 du Code civil stipule que la personnalité juridique s’éteint au décès. Le décès est ainsi le seul événement juridique qui met fin à la capacité d’une personne physique. Cette disposition assure la clôture des droits et obligations de la personne décédée, qui sont alors transférés à ses héritiers ou à son patrimoine.
- Définition légale du décès : arrêt des fonctions vitales (respiration, circulation sanguine, activité cérébrale).
- Conséquences : extinction de la PJ, ouverture de la succession, fin de la responsabilité civile et pénale personnelle.
À retenir : 720 = fin de la personnalité juridique.
5. La présomption d’absence
La présomption d’absence s’applique lorsqu’une personne a cessé de paraître à son domicile et n’a donné aucune nouvelle. Cette situation crée une incertitude juridique qui permet à ses proches d’engager des procédures (déclaration de disparition, recherche, éventuellement déclaration de mort judiciaire).
- Conditions essentielles :
- Absence de toute manifestation de la part de la personne pendant un délai raisonnable.
- Absence de nouvelles provenant du domicile habituel.
- Effets : mise en place de mesures de recherche, protection du patrimoine, et, après un certain temps, possibilité de déclarer la mort judiciaire.
À retenir : domicile + silence = présomption d’absence.
6. Protection du corps humain après le décès
La loi du 16 décembre 2008 a introduit en France la protection du corps humain après la mort, en intégrant l’article 16‑1‑1 au Code civil. Cette loi reconnaît que le corps d’une personne décédée conserve une dignité qui doit être respectée, interdisant notamment toute exploitation commerciale ou toute atteinte à l’intégrité du corps.
- Principes clés :
- Dignité du corps humain même après le décès.
- Interdiction de la marchandisation du corps ou de ses parties.
- Respect des volontés du défunt (don d’organes, dispositions funéraires).
- Application : sanctions pénales en cas de violation, procédures de contrôle pour les établissements funéraires.
À retenir : 2008, corps après mort protégé.
7. Cas particulier : enfant né sans vie mais certifié viable
Lorsque qu’un enfant naît sans vie mais qu’un certificat médical atteste qu’il était vivant et viable au moment de la naissance, le droit français considère qu’il a acquis la personnalité juridique. Un acte de naissance est alors établi, même si l’enfant décède peu après. Cette disposition vise à protéger les droits des parents et à assurer la reconnaissance juridique de l’événement de naissance.
- Conséquence juridique : l’enfant est inscrit au registre de l’état civil, ce qui ouvre les droits successoraux et les prestations sociales éventuelles.
- Limite : la PJ s’éteint immédiatement au décès, mais l’acte de naissance reste valable pour les démarches administratives.
8. Historique du critère de viabilité avant 2008
Avant la décision de la Cour de cassation du 6 février 2008, la viabilité était évaluée selon des critères médicaux précis : 22 semaines d’aménorrhée et un poids d’au moins 500 g. Ces seuils servaient à déterminer si un nouveau-né était considéré comme viable et donc titulaire de la personnalité juridique.
- Évolution législative : la jurisprudence a progressivement abandonné ces critères stricts au profit du principe de naissance vivante, indépendamment du poids ou de l’âge gestationnel.
- Impact pratique : simplification des procédures d’enregistrement et meilleure prise en compte des avancées médicales.
9. Synthèse des points clés
- La naissance vivante est le moment d’acquisition de la PJ.
- L’adage infans conceptus permet la reconnaissance de la PJ dès la conception dans des cas exceptionnels (mort du père au moment de la conception).
- Un embryon in vitro reste une chose, sans PJ.
- L’article 720 du Code civil fixe la perte de la PJ au décès.
- La présomption d’absence repose sur le silence du domicile.
- La loi du 16 décembre 2008 protège le corps humain après la mort.
- Un enfant né sans vie mais certifié viable acquiert la PJ et reçoit un acte de naissance.
- Avant 2008, la viabilité était mesurée à 22 semaines et 500 g.
En maîtrisant ces concepts, vous serez à même de comprendre les fondements de la personnalité juridique en droit civil français, ainsi que les évolutions législatives et jurisprudentielles qui ont façonné son application aujourd’hui.
