Acido-basiques : mécanismes et diagnostics
Les déséquilibres acido-basiques sont fréquents en pratique clinique. Comprendre les mécanismes physiologiques, les critères de compensation et les outils diagnostiques permet d’identifier…

Quel mécanisme rénal est mobilisé en compensation d’une acidose respiratoire chronique?
Un patient avec une acidose métabolique montre une PaCO₂ de 30 mmHg. Quelle est la cause la plus probable de cette valeur de PaCO₂?
Quel critère distingue une alcalose métabolique sensible au chlore d’une alcalose résistante au chlore?
Quel facteur déclencheur est le plus fréquemment associé à une alcalose respiratoire?
Dans une acidose à trou anionique élevé (AG > 12), quel test supplémentaire est le plus indiqué pour préciser l’étiologie?
Un patient présente une alcalose métabolique avec un Cl⁻ urinaire de 25 mmol/L. Quelle est la catégorie la plus probable?
Quelle est la valeur normale attendue de la pression partielle en CO₂ (PaCO₂) dans un sang artériel?
Lors d’une acidose respiratoire aiguë, quel est le principal mécanisme physiologique qui conduit à la baisse du pH?
Un patient avec une acidose métabolique montre un trou anionique normal (AG ≤ 12) et une diarrhée sévère. Quelle est la cause la plus probable de son trouble?
Acido-basiques : mécanismes et diagnostics
Les déséquilibres acido-basiques sont fréquents en pratique clinique. Comprendre les mécanismes physiologiques, les critères de compensation et les outils diagnostiques permet d’identifier rapidement la cause sous‑jacente et d’orienter le traitement. Ce cours, structuré autour des questions d’un quiz, aborde les notions essentielles en physiologie et médecine générale.
1. Interpréter les valeurs de pH, PaCO₂ et HCO₃⁻
Le pH artériel reflète l’équilibre entre les composés acides (CO₂, acides organiques) et les bases (bicarbonate, protéines). La formule de Henderson‑Hasselbalch simplifiée :
- pH = 6,1 + log([HCO₃⁻] / (0,03 × PaCO₂))
En pratique, on utilise les repères suivants :
- pH < 7,35 → acidose
- pH > 7,45 → alcalose
- PaCO₂ normal : 35‑45 mmHg
- HCO₃⁻ normal : 22‑26 mmol/L
Exemple de question : Un patient présente pH = 7,30, PaCO₂ = 50 mmHg, HCO₃⁻ = 24 mmol/L. Le pH indique une acidose, le PaCO₂ est élevé (hypercapnie) alors que le bicarbonate reste normal. Il s’agit donc d’une acidose respiratoire primaire, car la cause principale provient d’une augmentation de la pression partielle de CO₂.
2. Compensation rénale de l’acidose respiratoire chronique
Lorsque le poumon ne parvient pas à éliminer le CO₂, les reins interviennent pour rétablir le pH. Le mécanisme clé est :
- Augmentation de la réabsorption de HCO₃⁻ dans le tubule proximal et distal.
- Excrétion accrue d’ions H⁺ via les cellules α des tubules collecteurs.
Cette adaptation permet de neutraliser l’excès d’acide respiratoire. Ainsi, la réponse correcte à la question « Quel mécanisme rénal est mobilisé ? » est l’augmentation de la réabsorption de bicarbonate et l’excrétion accrue d’ions hydrogène.
3. Hyperventilation compensatoire dans l’acidose métabolique
Dans une acidose métabolique, le corps tente de diminuer le PaCO₂ par une ventilation accrue (hyperventilation). La règle de compensation approximative est :
- PaCO₂ attendu ≈ 1,5 × [HCO₃⁻] + 8 ± 2 (mmHg)
Par exemple, si le bicarbonate chute à 14 mmol/L, le PaCO₂ prévu est d’environ 30 mmHg. La réponse « Hyperventilation compensatoire » explique la valeur de PaCO₂ = 30 mmHg observée chez un patient avec acidose métabolique.
4. Distinction entre alcalose métabolique sensible au chlore et résistante au chlore
L’alcalose métabolique peut être classée selon la capacité des reins à retenir ou à perdre le chlore (Cl⁻). Le critère principal est la concentration urinaire de Cl⁻ :
- Alcalose sensible au chlore : Cl⁻ urinaire < 20 mmol/L (les reins retiennent le chlore).
- Alcalose résistante au chlore : Cl⁻ urinaire ≥ 20 mmol/L (les reins ne peuvent plus retenir le chlore).
Dans le quiz, la bonne réponse indique que la concentration urinaire de Cl⁻ < 20 mmol/L correspond à une alcalose sensible au chlore.
5. Facteurs déclenchants de l’alcalose respiratoire
L’alcalose respiratoire résulte d’une diminution du PaCO₂ due à une ventilation excessive. Les causes les plus fréquentes sont :
- Hyperventilation liée à l’anxiété, à la douleur ou à la fièvre.
- Ventilation assistée excessive (ex. : ventilation mécanique).
- Intoxication à certains agents (ex. : salicylates) – mais ce n’est pas la cause la plus fréquente.
La réponse correcte souligne que l’hyperventilation due à l’anxiété ou à la douleur est le facteur le plus souvent associé à une alcalose respiratoire.
6. Acidose à trou anionique élevé (AG > 12) : quel test supplémentaire ?
Le trou anionique (AG) aide à identifier les causes d’acidose métabolique. Un AG > 12 indique la présence d’acides non mesurés (lactate, cétones, toxines). Le test de dépistage le plus pertinent est le dosage des lactates sanguins, car l’acidose lactique est la cause la plus fréquente d’un AG élevé.
7. Classification de l’alcalose métabolique selon le Cl⁻ urinaire
Lorsque le Cl⁻ urinaire est supérieur à 20 mmol/L, les reins ne peuvent plus retenir le chlore, ce qui indique une alcalose métabolique résistante au chlore. Cette situation survient souvent après une perte gastro‑intestinale de chlore (vomissements, drainage gastrique) ou après l’administration de bicarbonates.
8. Valeurs normales de la PaCO₂
La pression partielle de CO₂ dans le sang artériel doit se situer entre 35 et 45 mmHg. Cette fourchette reflète l’équilibre entre la production métabolique de CO₂ et son élimination pulmonaire. Des valeurs en dehors de cet intervalle orientent le clinicien vers une acidose ou une alcalose respiratoire.
9. Synthèse des points clés pour le diagnostic
- Identifier le type principal d’anomalie (acidose vs alcalose, respiratoire vs métabolique) à l’aide du pH, du PaCO₂ et du HCO₃⁻.
- Vérifier la compensation attendue : les reins compensent les troubles respiratoires, les poumons compensent les troubles métaboliques.
- Utiliser le trou anionique et le Cl⁻ urinaire pour affiner le diagnostic des troubles métaboliques.
- Rechercher les causes fréquentes (hyperventilation, perte de chlore, acidose lactique, etc.).
En maîtrisant ces concepts, les professionnels de santé peuvent rapidement interpréter les gaz du sang, proposer un diagnostic différentiel précis et initier le traitement adéquat.
