Achalasie œsophagienne
L’ achalasia est une maladie motrice rare de l’œsophage caractérisée par l’absence de relaxation du sphincter inférieur de l’œsophage (SIO) et par un défaut de péristaltisme distal. Cette…

Un patient de 55 ans présente une dysphagie progressive, un œsophage dilaté à la radiographie et un « signe de ressaut » à l'endoscopie. Quelle est la prochaine étape diagnostique la plus appropriée?
Parmi les traitements suivants, lequel est indiqué en priorité chez un patient âgé fragile avec contre‑indication chirurgicale?
Quel critère manométrique n'est PAS requis pour poser le diagnostic d'achalasie selon la classification de Chicago 4.0?
Quel facteur augmente le risque de développer un cancer de l'œsophage chez un patient atteint d'achalasie?
Achalasie œsophagienne : compréhension physiologique et prise en charge
L’achalasia est une maladie motrice rare de l’œsophage caractérisée par l’absence de relaxation du sphincter inférieur de l’œsophage (SIO) et par un défaut de péristaltisme distal. Cette pathologie, souvent sous‑diagnostiquée, nécessite une connaissance précise de son mécanisme physiologique, de ses critères diagnostiques et des options thérapeutiques adaptées, notamment chez les patients fragiles.
Mécanisme physiologique de l’absence de relaxation du SIO
Le SIO est contrôlé par un équilibre entre les neurotransmetteurs excitateurs (acétylcholine) et inhibiteurs (oxyde nitrique – NO – et vaso‑active intestinal peptide – VIP). Dans l’achalasia, le mécanisme clé est la perte des cellules ganglionnaires inhibitrices situées dans le plexus myentérique de l’œsophage. Cette perte entraîne une diminution de la libération de NO et de VIP, responsables de la relaxation du SIO après la déglutition.
- Les cellules excitatrices restent fonctionnelles, mais sans l’effet relaxant des inhibiteurs, le SIO reste contracté.
- Cette atteinte neuro‑musculaire est souvent d’origine idiopathique, mais peut être associée à des processus auto‑immuns ou à une infection virale.
Comprendre ce déséquilibre est essentiel pour choisir le traitement qui cible spécifiquement le tonus du sphincter.
Diagnostic de l’achalasia : de la suspicion clinique à la confirmation
Chez un patient de 55 ans présentant une dysphagie progressive, un œsophage dilaté à la radiographie et le « signe de ressaut » à l’endoscopie, la prochaine étape diagnostique la plus appropriée est la manométrie œsophagienne haute résolution. Cette technique mesure la pression le long de l’œsophage et permet de détecter :
- l’absence de relaxation du SIO après chaque déglutition,
- le défaut de péristaltisme distal,
- et, selon la classification Chicago 4.0, d’autres paramètres comme le type d’achalasia (I, II ou III).
La manométrie haute résolution est aujourd’hui le gold standard pour confirmer le diagnostic, surpassant les examens radiologiques ou endoscopiques qui ne sont que des indicateurs indirects.
Critères manométriques de la classification Chicago 4.0
Pour poser le diagnostic d’achalasia selon la classification Chicago 4.0, deux critères majeurs sont requis :
- Absence de relaxation du SIO après la déglutition (IRP – Integrated Relaxation Pressure – élevé).
- Défaut de péristaltisme distal, pouvant se manifester par un apéristaltisme ou un péristaltisme faible.
Il est important de noter que la pression maximale du SIO supérieure à 45 mmHg n’est pas un critère requis dans la version 4.0 de la classification. Ce seuil était utilisé dans les versions antérieures, mais la nouvelle classification se concentre davantage sur la dynamique de relaxation et le péristaltisme.
Options thérapeutiques : choisir le traitement adapté
Le traitement de l’achalasia vise à réduire le tonus du SIO afin de faciliter le passage des aliments. Les principales stratégies sont :
- Myotomie de Heller (chirurgicale ou endoscopique) – gold standard chez les patients aptes à la chirurgie.
- Dilatation pneumatique – efficace mais nécessite plusieurs séances et comporte un risque de perforation.
- Injection de toxine botulinique intra‑sphinctérienne – indication de première ligne chez les patients âgés fragiles ou contre‑indiqués pour la chirurgie.
- Traitements pharmacologiques (sildénafil, nitrates) – réservés aux cas légers ou en complément d’autres thérapies.
Chez un patient âgé fragile avec contre‑indication chirurgicale, l’injection de toxine botulinique est privilégiée. Cette procédure peu invasive permet de détendre le SIO de façon temporaire (6 à 12 mois) et peut être répétée si nécessaire.
Mémo technique : BOTU‑INJ – « Botox = Injection », rappelant que le Botox est la première intention chez les patients fragiles.
Risque de cancer œsophagien associé à l’achalasia
Une des complications à long terme de l’achalasia est le risque accru de développer un cancer de l’œsophage. Le facteur principal est la stase alimentaire prolongée qui entraîne une inflammation chronique de la muqueuse œsophagienne, favorisant la dysplasie et la carcinogenèse.
- La durée de la maladie (>10 ans) augmente significativement ce risque.
- Une surveillance endoscopique régulière (tous les 2‑3 ans) est recommandée chez les patients à risque.
- Les autres facteurs (infection à H. pylori, usage de nitrates, antécédents familiaux de syndrome d’Allgrove) ne sont pas directement liés à l’achalasia.
Résumé des points clés
- L’achalasia résulte d’une perte des cellules ganglionnaires inhibitrices produisant NO et VIP, entraînant une absence de relaxation du SIO.
- La manométrie haute résolution est l’examen de référence pour confirmer le diagnostic.
- Selon la classification Chicago 4.0, les critères essentiels sont l’absence de relaxation du SIO et le défaut de péristaltisme distal ; la pression > 45 mmHg n’est pas requise.
- Chez les patients âgés fragiles, l’injection de toxine botulinique intra‑sphinctérienne est le traitement de première intention.
- La stase alimentaire prolongée augmente le risque de cancer œsophagien ; une surveillance endoscopique régulière est indispensable.
FAQ – Questions fréquentes
Pourquoi la pression du SIO > 45 mmHg n’est‑elle plus un critère? La classification Chicago 4.0 privilégie la dynamique de relaxation (IRP) plutôt que la pression absolue, car la relaxation reflète mieux la fonction sphinctérienne. Quel est le rôle du sildénafil dans le traitement de l’achalasia? Le sildénafil, en augmentant le NO, peut améliorer légèrement la relaxation du SIO, mais son effet est limité et il est réservé aux patients ne pouvant pas bénéficier d’une myotomie ou d’une dilatation. Quand envisager une surveillance endoscopique? Après 5 ans de maladie ou dès l’apparition de symptômes d’alarme (perte de poids, dysphagie sévère), une endoscopie avec biopsies ciblées est recommandée.