Abus de position dominante
L'abus de position dominante constitue l'un des piliers du droit de la concurrence au sein de l'Union européenne. Il vise à empêcher les entreprises qui occupent une place forte sur le…

Selon la jurisprudence de la CJCE, quel niveau de part de marché crée une présomption réfragable de domination ?
Dans l'analyse qualitative d'une domination, quel facteur indique une barrière à l'entrée liée à la notoriété ?
Quel test est utilisé pour déterminer si un prix pratiqué constitue un abus de prix prédatoire ?
Quel critère distingue une domination collective d'une simple concurrence oligopolistique ?
Quel arrêt fondateur a reconnu la notion de domination collective verticale ?
Quel élément doit être prouvé pour qualifier un refus d'accès à une infrastructure essentielle d'abus ?
Quel critère économique permet de justifier un comportement potentiellement abusif lorsqu'il apporte des gains d'efficience ?
Dans le test AEC (test du concurrent aussi efficace), que compare-t-on pour déterminer un abus d'éviction par les prix ?
Quel type d'abus implique le « ciseau tarifaire » ?
Quel critère distingue un abus d'exploitation d'un abus d'éviction ?
Quelle condition n'est PAS requise pour qualifier un refus d'accès à une infrastructure comme abusif selon la théorie de Magill (1995) ?
Dans le cadre d'une domination collective, quel type de lien peut être invoqué comme facteur de corrélation ?
Quel arrêt a établi que le simple fait d'imposer des clauses de vente liées n'est pas en soi un abus, sauf si elles sont injustifiées ?
Quel critère quantitatif est utilisé pour apprécier la dominance d'une entreprise dont la part de marché est de 46 % ?
Quel type d'abus implique la subordination de la conclusion d'un contrat à l'acceptation de prestations supplémentaires non liées à l'objet du contrat ?
Quel critère de l'article L 420-2 Ccom concerne la limitation de la production au préjudice des consommateurs ?
Quel facteur qualitatif peut justifier la présence d'une domination même si la part de marché est inférieure à 40 % ?
Quel test est utilisé pour vérifier si un prix de gros fixé par un opérateur dominant empêche la rentabilité d'un concurrent sur le marché de détail ?
Quel arrêt a introduit la notion d'analyse des effets réels sur le marché pour qualifier un abus ?
Quel critère de l'article L 420‑2 Ccom porte sur l'imposition de prix inéquitable ?
Introduction à l'abus de position dominante
L'abus de position dominante constitue l'un des piliers du droit de la concurrence au sein de l'Union européenne. Il vise à empêcher les entreprises qui occupent une place forte sur le marché d'exploiter cette force au détriment des concurrents et des consommateurs. Ce cours détaillera les critères quantitatifs et qualitatifs permettant d'identifier une position dominante, les tests d'abus de prix, ainsi que les notions de domination collective et de refus d'accès à des infrastructures essentielles.
1. Critères quantitatifs de la domination
1.1. Part de marché et pouvoir de marché
Le critère principal pour établir qu'une entreprise détient un pouvoir de marché suffisant est sa capacité à fixer les prix sans perdre de clients. Cette capacité reflète une situation où la demande est relativement inélastique face aux variations de prix, ce qui indique une position dominante.
En pratique, les autorités de concurrence utilisent souvent la part de marché comme indicateur. Selon la jurisprudence de la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE), une présomption réfragable de domination apparaît lorsqu'une entreprise possède plus de 50 % du marché. Cette règle de référence n'est pas absolue, mais elle crée une charge de la preuve à la charge de l'entreprise pour démontrer l'absence d'abuse.
- Part de marché > 50 % → présomption de domination.
- Part de marché entre 30 % et 50 % → analyse approfondie du contexte.
- Part de marché < 30 % → domination peu probable, sauf circonstances exceptionnelles.
2. Analyse qualitative de la domination
2.1. Barrières à l'entrée
Au-delà du chiffre, la fidélité des clients liée à l'image de marque constitue une barrière à l'entrée qualitative. Une notoriété forte rend difficile pour un nouvel entrant de gagner des parts de marché, même si les coûts de production sont comparables.
2.2. Domination collective vs concurrence oligopolistique
La distinction repose sur l'existence d'une ligne d'action commune et de facteurs de corrélation. Dans une domination collective, les entreprises coordonnent leurs comportements (ex. partage de marché, stratégies de prix) sans accord explicite, alors que l'oligopole se caractérise simplement par un petit nombre d'acteurs.
Le cas Irish Sugar (2001) a été l'arrêt fondateur reconnaissant la notion de domination collective verticale, illustrant comment des pratiques coordonnées peuvent être sanctionnées même en l'absence d'accord formel.
3. Tests d'abus de prix
3.1. Prix prédatoire
Pour déterminer si un prix constitue un abus de prix prédatoire, le test le plus couramment utilisé consiste à comparer le prix au coût variable moyen. Si le prix est inférieur à ce coût, l'entreprise vend à perte, dans l'espoir d'éliminer la concurrence.
Ce test s'applique notamment lorsque le prix de revient total n'est pas pertinent, car il inclut des coûts fixes qui ne varient pas avec le volume de production.
3.2. Justifications économiques
Un comportement potentiellement abusif peut être justifié s'il apporte des gains d'efficience proportionnés. La Commission européenne exige que les avantages en termes d'efficience soient raisonnablement proportionnés aux effets restrictifs sur la concurrence. Ainsi, un comportement n'est pas automatiquement sanctionné s'il améliore la productivité ou réduit les prix pour les consommateurs.
4. Refus d'accès à une infrastructure essentielle
Lorsqu'une entreprise dominante refuse d'accéder à une infrastructure jugée essentielle (ex. réseau de télécommunications, plateforme logistique), l'exigence de preuve porte sur l'absence de justification objective. Il ne suffit pas de démontrer une volonté de nuire ; il faut prouver que le refus n'est pas motivé par des raisons techniques, de sécurité ou de capacité économique légitimes.
- Justification objective : capacité technique, sécurité, coûts raisonnables.
- Absence de justification → présomption d'abus.
5. Synthèse des critères d'abus de position dominante
Pour résumer, l'analyse d'un abus de position dominante s'effectue selon les étapes suivantes :
- Évaluation quantitative : part de marché (≥ 50 % crée une présomption).
- Analyse qualitative : barrières à l'entrée (fidélité à la marque, coûts de changement, etc.).
- Examen des pratiques : prix prédatoire (coût variable moyen), refus d'accès (justification objective), comportements collusifs (ligne d'action commune).
- Justifications économiques : gains d'efficience proportionnés aux effets restrictifs.
Cette méthodologie permet aux praticiens du droit des affaires et aux économistes de déterminer si une entreprise abuse de sa position dominante et, le cas échéant, de proposer des mesures correctives appropriées.
6. Questions fréquentes (FAQ)
6.1. Une part de marché de 45 % suffit‑elle à prouver la domination ?
Non. Une part de marché entre 40 % et 50 % déclenche une analyse approfondie, mais ne crée pas de présomption automatique. Il faut examiner les barrières à l'entrée, la capacité de fixation des prix et d'autres facteurs qualitatifs.
6.2. Le test du coût variable moyen s'applique‑t-il à tous les secteurs ?
Il est généralement utilisé dans les secteurs où les coûts variables sont clairement identifiables (ex. production industrielle). Dans les services à forte intensité de main‑d'œuvre, d'autres indicateurs peuvent être plus pertinents.
6.3. Comment prouver un refus d'accès injustifié ?
Il faut démontrer que le refus ne repose sur aucune justification objective (ex. incapacité technique) et qu'il vise à exclure un concurrent du marché. Les preuves peuvent inclure des communications internes, des analyses de capacité et des comparaisons avec les pratiques de l'industrie.
Conclusion
L'abus de position dominante repose sur une combinaison de critères quantitatifs (part de marché) et qualitatifs (barrières à l'entrée, comportements collusifs). Les tests de prix prédatoire, les exigences de justification objective pour le refus d'accès et la prise en compte des gains d'efficience permettent d'équilibrer la protection de la concurrence avec la promotion de l'innovation. Maîtriser ces concepts est essentiel pour les juristes, les économistes et les dirigeants d'entreprises souhaitant naviguer dans le cadre réglementaire européen.
