Syndromes coronariens : concepts fondamentaux
Les syndromes coronariens regroupent un ensemble de situations cliniques où l’apport sanguin au myocarde est compromis. La compréhension de leurs mécanismes physiopathologiques, de leurs critères diagnostiques et des stratégies thérapeutiques est essentielle pour réduire la mortalité et le préjudice cardiaque.
Angine de poitrine et ischémie
L’angine de poitrine se caractérise par un ralentissement du flux sanguin vers le muscle cardiaque, entraînant une ischémie – diminution de l’apport en oxygène. Cette situation n’implique pas une occlusion totale de l’artère coronaire, mais un rétrécissement qui limite le débit sanguin.
Infarctus du myocarde (IDM)
Lorsque l’ischémie se prolonge, elle conduit à une nécrose myocardique, communément appelée infarctus du myocarde (IDM). L’IDM se traduit par un arrêt complet de l’approvisionnement sanguin, provoquant une mort brutale et massive des cellules cardiaques. Le terme français pour myocardial infarction (MI) est donc Infarctus du myocarde.
Urgence et temps critique
Dans le contexte des syndromes coronariens, chaque minute compte. Le retard dans la prise en charge augmente le risque de mortalité, car le temps perdu correspond à du muscle cardiaque nécrosé. Le taux de mortalité préhospitalière atteint environ 30 %, et la mortalité à un an après un infarctus est d’environ 15 %.
Mécanismes de l’athérosclérose coronaire
L’obstruction des artères coronaires résulte principalement d’une plaque d’athérome. Cette plaque possède un cœur lipidique qui rétrécit la lumière artérielle, favorisant la formation de thromboses.
Classification des syndromes coronariens aigus (SCA)
Les SCA se distinguent selon les modifications du segment ST à l’électrocardiogramme (ECG) et le mécanisme sous‑jacent.
Différence ST+ / ST−
- ST+ : occlusion coronaire avec élévation du segment ST.
- ST− : absence d’élévation du segment ST, souvent liée à une thrombose non occlusive.
Types 1 et 2 de SCA
- Type 1 : thrombose suite à la rupture d’une plaque d’athérome, dissection ou spasme.
- Type 2 : insuffisance d’apport en O₂ due à une hypoxie ou à une pathologie pulmonaire.
Durée de la douleur thoracique
Une douleur thoracique typique d’un SCA dure généralement plus de 20 minutes et n’est pas soulagée par la trinitrine sublinguale.
Diagnostic rapide
L’ECG immédiat, réalisé avec les 12 dérivations classiques (et éventuellement des dérivations supplémentaires), permet de confirmer le diagnostic dans 95 % des cas. Le marqueur biologique clé est la troponine, mesurée en haute sensibilité, mais le traitement doit être initié sans attendre les résultats.
Diagnostic différentiel PIED
Le tableau PIED aide à différencier les causes d’un syndrome coronarien aigu :
- P : Péricardite
- I : Infarctus du myocarde
Traitements d’urgence
Le traitement initial comprend plusieurs piliers, résumés par l’acronyme BASIC :
- B : Bêtabloquant
- A : Antiagrégant (aspirine 250 mg IV)
- S : Statine
- I : IEC (inhibiteur de l’enzyme de conversion)
- C : Contrôle des facteurs de risque
Thrombolyse vs angioplastie primaire
La thrombolyse IV, utilisant le ténectéplase, réussit environ 60 % des cas (ST+ < 6 h). L’angioplastie primaire, réalisée en salle de coronarographie, atteint un taux de succès de 90‑95 %.
Contre‑indications absolues à la thrombolyse
- Hémorragie intracrânienne
- Autres conditions hémorragiques majeures
Dosages recommandés
- Aspirine IV : 250 mg (dose de charge)
- Clopidogrel : antiagrégant de deuxième ligne
- HNF (héparine non fractionnée) : 60 UI/kg IV, puis 15 UI/kg/h au PSE
Délais critiques
Le délai idéal pour recanaliser l’artère est avant 3 heures, avec un maximum de < 6 heures depuis l’apparition des symptômes pour la thrombolyse.
Rôle de l’infirmier(ère) diplômé(e) d’État (IDE)
L’IDE joue un rôle central lors d’un SCA :
- Alitement strict du patient
- Surveillance clinique continue
- Mise en place de voies veineuses périphériques
- Préparation et disponibilité du défibrillateur
Résumé des points clés
- L’angine de poitrine résulte d’une ischémie due à un ralentissement du flux sanguin, pas d’une occlusion totale.
- Un infarctus du myocarde est la conséquence d’une ischémie prolongée menant à une nécrose myocardique.
- Chaque minute de retard augmente la mortalité ; le temps critique pour la thrombolyse est < 6 h.
- Le diagnostic repose sur l’ECG (12 dérivations) et la troponine, mais le traitement doit être initié immédiatement.
- Thrombolyse et angioplastie primaire sont les deux stratégies de reperfusion, l’angioplastie offrant un taux de succès supérieur.
- L’acronyme BASIC résume les traitements de première ligne : bêtabloquant, antiagrégant, statine, IEC, contrôle des facteurs de risque.
- L’IDE assure le suivi clinique, la mise en place des voies veineuses et la disponibilité du défibrillateur.


