Expression du génome chez les procaryotes
Chez les organismes procaryotes, l’expression génétique se déroule sans compartiment nucléaire. La transcription et la traduction peuvent ainsi se produire simultanément, ce qui rend le processus très rapide et efficace.
1. Transcription
La transcription consiste à synthétiser un ARN messager (ARNm) à partir d’une matrice d’ADN. L’enzyme responsable est l’ARN polymérase, qui copie le brin matrice en ARN.
Le point de départ de la transcription est le promoteur. Ce segment d’ADN est reconnu par l’ARN polymérase grâce à un facteur sigma (σ) qui se lie à l’enzyme et dirige la reconnaissance du promoteur. Un promoteur contenant un élément UP est considéré comme fort, car l’élément UP augmente l’affinité de la polymérase, entraînant un taux de transcription élevé. À l’inverse, un promoteur faible possède une affinité basse et un taux de transcription réduit.
Le codon d’initiation le plus fréquent est ATG. Une fois l’ARNm synthétisé, il doit être terminé. Deux mécanismes de terminaison existent :
- Terminaison intrinsèque (ou rho‑indépendante) : le séquence forme une tige‑boucle riche en AT qui provoque la dissociation de l’ARN polymérase.
- Terminaison dépendante de Rho : la protéine Rho se lie à l’ARNm, utilise l’ATP pour se déplacer le long du brin et dissocie le complexe transcriptionnel. Rho ne peut pas se lier directement à l’ARN polymérase sans hydrolyse d’ATP.
2. Traduction
La traduction convertit l’ARNm en chaîne protéique. Chez les procaryotes, le ribosome se fixe immédiatement sur l’ARNm grâce au site de liaison ribosome (RBS), également appelé séquence Shine‑Dalgarno. Ce site n’est présent que chez les procaryotes, contrairement à une affirmation erronée selon laquelle il serait exclusif aux eucaryotes.
Le processus débute par la reconnaissance du codon d’initiation ATG. Les facteurs d’initiation IF1, IF2 et IF3 sont indispensables :
- IF1 bloque le site E du ribosome, empêchant l’entrée prématurée d’un ARNt.
- IF2, activé par le GTP, porte l’ARNt initiateur (Met‑tRNA) au site A.
- IF3 empêche l’association prématurée des sous‑unités ribosomiques.
Le ribosome possède trois sites fonctionnels :
- A (Aminoacyl‑ARNt) : accueille le nouvel aminoacyl‑ARNt apporté par le facteur d’élongation EF‑Tu.
- P (Peptidyl‑ARNt) : retient la chaîne polypeptidique croissante.
- E (Exit) : libère l’ARNt dépourvu d’acide aminé.
Le facteur d’élongation EF‑Tu transporte l’aminoacyl‑ARNt au site A. Une fois le peptide formé, le facteur d’élongation EF‑G utilise l’énergie du GTP pour catalyser la translocation du ribosome de trois nucléotides le long de l’ARNm.
3. Codons de terminaison et release factors
Les trois codons STOP du code génétique sont UGA, UAA, UAG. Leur reconnaissance est assurée par les release factors (RF). RF1 reconnaît UAG, tandis que RF2 reconnaît UGA. Une affirmation selon laquelle RF1 reconnaît UGA est fausse.
Les release factors se divisent en deux classes :
- Classe I : reconnaît le codon STOP, possède le motif GGQ essentiel pour l’hydrolyse du lien peptidyl‑tRNA, et libère le polypeptide.
- Classe II : stimule la dissociation des facteurs de classe I du ribosome, facilitant le recyclage du complexe ribosomal.
4. ARNt et le principe du wobble
Chez les bactéries, on trouve typiquement entre 30 et 40 types d’ARNt. Cette réduction par rapport au nombre de codons (64) est rendue possible par le phénomène de wobble. Le wobble concerne la base 5' de l’anticodon, qui s’apparie à la troisième base du codon, permettant à un même ARNt de reconnaître plusieurs codons.
L’extrémité 3' de chaque ARNt porte la séquence CCA, qui fixe l’acide aminé. L’enzyme aminoacyl‑ARNt synthétase charge l’ARNt avec son acide aminé spécifique, assurant la fidélité du code.
5. Régulation transcriptionnelle
La régulation de la transcription chez les bactéries repose souvent sur un répresseur qui se lie à l’opérateur, bloquant ainsi l’accès de l’ARN polymérase au promoteur. Cette forme de régulation négative contraste avec la régulation positive, où un activateur se lie au promoteur pour favoriser l’initiation de la transcription.
En résumé, l’expression du génome procaryote repose sur une orchestration précise de promoteurs, facteurs sigma, sites RBS, facteurs d’initiation et d’élongation, ainsi que sur des mécanismes de terminaison et de régulation qui assurent une réponse rapide aux besoins cellulaires.


